Le passage en société (EURL ou SASU) constitue l'arbitrage le plus structurant de la carrière d'un chauffeur VTC. Il conditionne la fiscalité (impôt sur le revenu ou impôt sur les sociétés), la TVA (collecte à 10 %, récupération du carburant), la couverture sociale (TNS ou assimilé-salarié) et l'amortissement du véhicule sous plafonds CO2. Ce guide rédigé par E-Cab, cabinet d'expertise comptable en ligne inscrit à l'Ordre des Experts-Comptables (Région Grand Est), pose les critères d'arbitrage, les simulations chiffrées et les pièges à éviter en 2026. Pour le pendant taxi (licence ADS, courses conventionnées), voir notre guide taxi 2026. Voir également Expert-comptable VTC.
Ce qu'il faut retenir en 2026
• **Franchise en base de TVA** abaissée à **25 000 €** depuis 2025 : la grande majorité des chauffeurs micro-entrepreneurs collectent désormais la TVA à 10 % sur leurs courses sans pouvoir la récupérer. • **Plafond micro-entreprise BIC services** : 77 700 € de recettes annuelles, abattement forfaitaire 50 % réputé couvrir toutes les charges. • **Bascule en société pertinente** dès que les charges réelles dépassent 50 % du CA, qu'un véhicule est financé à crédit, en LOA ou LLD, ou que la commission plateforme atteint 20 à 25 % du CA. • **TVA à 10 %** sur les courses, **récupération à 80 % sur l'essence et à 100 % sur le gazole** affectés au transport de personnes. • **Amortissement véhicule** plafonné selon les émissions de CO2 : 30 000 € (< 20 g), 20 300 € (20-49 g), 18 300 € (50-160 g), 9 900 € (> 160 g). • **EURL** : TNS, 45 % de cotisations, dividendes < 10 % des capitaux propres non soumis à cotisations. • **SASU** : assimilé-salarié, 80 % de cotisations sur la rémunération, dividendes désormais au **PFU à 31,4 %** depuis le 1er janvier 2026 (12,8 % IR + 18,6 % de prélèvements sociaux, LFSS 2026).
01 — Le déclencheur fiscal : franchise en base de TVA à 25 000 €
Depuis la loi de finances pour 2025, la franchise en base de TVA est plafonnée à 25 000 € de recettes annuelles pour les prestations de services (article 293 B du CGI), tous secteurs confondus. Pour un chauffeur VTC micro-entrepreneur, cela signifie qu'au-delà de 25 000 € de CA, la TVA à 10 % est due sur l'ensemble des courses, sans possibilité de la récupérer sur le carburant, l'entretien ou le véhicule, le statut micro-entreprise étant intrinsèquement non assujetti à la déduction de TVA d'amont. Cette asymétrie érode mécaniquement la marge nette du chauffeur et constitue, à elle seule, le premier déclencheur du passage au régime réel (EI réel, EURL ou SASU), où la TVA collectée est compensée par la TVA déductible.
02 — Quand la micro-entreprise n'est plus rentable : le test des 50 %
L'abattement forfaitaire micro-BIC services est de 50 % : l'administration considère que la moitié du CA couvre les charges. Dès lors que vos charges réelles dépassent ce seuil, la micro-entreprise vous fait payer de l'impôt sur des bénéfices que vous n'avez pas réalisés. Un VTC plein temps qui finance son véhicule à crédit ou en LOA, reverse 20 à 25 % de commissions à Uber, Bolt ou Heetch, achète son carburant, paie son assurance professionnelle, ses péages, son lavage et sa visite médicale dépasse régulièrement 60 % de charges réelles sur le CA. Le passage au régime réel (EI au réel, EURL, SASU) permet alors de déduire les charges effectivement supportées et de récupérer la TVA.
03 — Comparatif micro-entreprise / EURL / SASU
Synthèse des principales caractéristiques applicables à un chauffeur VTC.
| Critère | Micro-entreprise | EURL | SASU |
|---|---|---|---|
| Plafond CA | 77 700 € services | Aucun | Aucun |
| Seuil franchise TVA | 25 000 € | Sans objet (option régime réel) | Sans objet (option régime réel) |
| Imposition bénéfice | IR (micro-BIC, abattement 50 %) | IR par défaut, option IS | IS par défaut, option IR (5 ans) |
| Régime social dirigeant | Micro-social URSSAF | TNS (SSI) ~45 % | Assimilé-salarié ~80 % |
| Récupération TVA carburant | Non | Oui (80 % essence, 100 % gazole) | Oui (80 % essence, 100 % gazole) |
| Amortissement véhicule | Non | Oui (plafond CO2) | Oui (plafond CO2) |
| Dividendes | Sans objet | Soumis cotisations TNS > 10 % capitaux propres | PFU 31,4 % depuis 2026 (pas de cotisations) |
04 — EURL ou SASU : la grille de décision pour un VTC
**EURL — privilégier dans ces cas** : chauffeur exerçant seul, bénéfice annuel inférieur à 60 000 €, objectif d'optimiser la rémunération nette plutôt que la couverture sociale, volonté de distribuer des dividendes peu chargés (< 10 % des capitaux propres). L'EURL offre le ratio cotisations / prestations le plus favorable pour un mono-chauffeur à revenu moyen. **SASU — privilégier dans ces cas** : volonté d'une couverture sociale alignée sur celle d'un salarié (indemnités journalières, retraite cadre, prévoyance), projet de salarier d'autres chauffeurs sans changer de structure, sortie principale en dividendes (PFU 31,4 % depuis la LF 2026) avec rémunération réduite au strict nécessaire pour ouvrir des droits, projet d'ouverture du capital. La SASU est aussi pertinente pour un chauffeur qui cumule l'activité avec un emploi salarié ouvrant déjà des droits sociaux. Dans les deux cas, le passage à l'**IS** permet de capitaliser dans la société aux taux de 15 % (jusqu'à 42 500 € de bénéfice, sous conditions de PME — voir notre article IS taux réduit 15 % PME) et 25 % au-delà, contre un taux marginal d'IR qui peut atteindre 45 %.
05 — TVA : collecte à 10 %, récupération sur le carburant
Le transport public particulier de personnes (VTC) relève du **taux réduit de TVA à 10 %** (article 279 b quater du CGI). En société (ou en EI au réel), la TVA est collectée sur l'ensemble des courses (clients particuliers, courses via plateformes), et déduite sur les achats professionnels : • **Carburant** : 80 % sur l'essence (SP95, SP98, E85), 100 % sur le gazole (B7, B10) pour les véhicules affectés au transport de personnes. • **Entretien, pneumatiques, pièces détachées** : récupération à 100 %. • **Équipements** : carte VTC, visite médicale, support smartphone, accessoires véhicule. • **Frais bancaires, abonnement mobile, péages, lavage** : récupération à 100 %. • **Commissions plateformes** (Uber, Bolt, Heetch, FreeNow) : TVA récupérable sur la facture émise par la plateforme. Le rythme des déclarations dépend du régime : mensuel ou trimestriel (CA3) en régime réel normal, annuel (CA12) en régime réel simplifié pour les CA inférieurs à 264 000 €.
06 — Amortissement du véhicule sous plafonds CO2
L'amortissement déductible d'un véhicule de tourisme est plafonné selon ses émissions de CO2 (article 39, 4 du CGI), que le véhicule soit acheté, financé à crédit, en LOA ou en LLD (auquel cas la fraction de loyer non déductible est calculée selon la même grille).
| Émissions CO2 | Plafond d'amortissement | Typologie indicative |
|---|---|---|
| < 20 g/km | 30 000 € | Véhicule 100 % électrique |
| 20 à 49 g/km | 20 300 € | Hybride rechargeable |
| 50 à 160 g/km (165 g pour CIRC < 2021) | 18 300 € | Hybride / thermique sobre |
| > 160 g/km (166 g) | 9 900 € | Thermique gros gabarit |
07 — Travailler avec Uber, Bolt, Heetch, FreeNow : la comptabilité plateforme
Le chauffeur VTC qui exerce via une plateforme conclut un contrat de mandat ou de prestation : la plateforme encaisse le prix de la course auprès du client, prélève sa commission (typiquement 20 à 25 %), puis reverse le net au chauffeur. Trois règles à respecter : • Le **chiffre d'affaires** à inscrire en comptabilité est le **brut facturé au client** (TVA 10 % incluse), pas le net reversé. • La **commission plateforme** est une charge déductible ; la TVA correspondante est récupérable sur la facture mensuelle émise par la plateforme. • Le **rapprochement mensuel** entre les relevés Uber / Bolt / Heetch et les encaissements bancaires est obligatoire pour sécuriser la déclaration de TVA (CA3) et la liasse fiscale. En application de l'article 242 bis du CGI, les plateformes transmettent chaque année à l'administration le récapitulatif des sommes reversées, qui doit concorder avec la comptabilité du chauffeur.
08 — Frais réels vs barème kilométrique
Un chauffeur VTC en société utilise par construction son véhicule à 100 % pour l'activité, et déduit les **frais réels** (carburant, entretien, amortissement, assurance, péages, lavage). Le barème kilométrique de l'administration (impots.gouv.fr) est en principe réservé aux salariés et aux exploitants individuels au réel qui utilisent un véhicule mixte (professionnel et personnel) : il n'a pas vocation à s'appliquer à un chauffeur professionnel mono-affectation. Le choix entre achat, LOA ou LLD doit être arbitré au regard de la rentabilité projetée, du plafond CO2 et de la stratégie de renouvellement (3, 4 ou 5 ans).
09 — Simulation chiffrée : micro vs EURL à l'IS sur 60 000 € de CA
Hypothèses : CA HT 60 000 € (TVA 10 % collectée en société), commissions plateforme 20 %, carburant 8 000 € TTC, leasing véhicule hybride 10 000 € HT, assurance + entretien 3 000 € HT.
| Poste | Micro-BIC services | EURL à l'IS |
|---|---|---|
| Recettes HT | 60 000 € | 60 000 € |
| TVA récupérée (carburant 80 % + autres) | 0 € | ≈ 1 600 € |
| Charges déductibles | Forfait 50 % = 30 000 € | Réelles ≈ 33 000 € + amortissement |
| Cotisations sociales | 21,2 % × CA = 12 720 € | TNS ≈ 45 % sur rémunération nette |
| Bénéfice imposable | 30 000 € | Variable selon stratégie rému/dividendes |
| Couverture sociale | Faible (SSI minimum) | TNS standard + complémentaires possibles |
10 — Erreurs fréquentes à éviter
• **Rester en micro-entreprise avec un véhicule en LOA** : la non-déductibilité du loyer et la non-récupération de la TVA pénalisent durement la marge. • **Constituer une SASU pour un mono-chauffeur sans projet d'embauche** : les cotisations assimilé-salarié sur la rémunération érodent souvent le gain attendu par rapport à l'EURL. • **Oublier la réintégration extra-comptable** de la fraction de loyer ou d'amortissement excédant le plafond CO2. • **Distribuer des dividendes en EURL au-delà de 10 % des capitaux propres** sans avoir anticipé l'assujettissement aux cotisations TNS. • **Ne pas tracer le rapprochement plateforme / banque** : le CA à enregistrer est le brut facturé au client, pas le net reversé par Uber ou Bolt.
11 — Foire aux questions
12 — Sources officielles
• Article 293 B du CGI — franchise en base de TVA • Article 279 b quater du CGI — TVA 10 % transport de personnes • Article 39, 4 du CGI — plafonds d'amortissement véhicules • Article 206 IV annexe II CGI — exclusion TVA véhicules de tourisme • Article 242 bis CGI — obligations déclaratives des plateformes • Code des transports — articles L3122-1 et suivants (VTC)

